" Elle avait tellement lu et relu ses lettres qu'elle en avait interprété le moindre mot la moindre virgule, la moindre nuance possible, elle en avait tiré la moindre goutte d'émotion. Elle les avait tellement tournées et retournées, vidées de leur substance, qu'elle s'étonnait qu'elles ne tombent pas en poussières. Elle se souvenait de sa joie chaque fois qu'une nouvelle lettre arrivait. Pas encore lue, porteuse de tant de possibles. Elle sentait le poids de l'enveloppe dans ses mains, le poids d'une multitude de sentiments neufs, frais, qu'elle n'avait encore jamais éprouvés.
Elle s'assit en tailleur et se mit à les ouvrir machinalement une par une.
Au début son écriture sérieuse l'avait frappée. Puis elle s'y était habituée, c'était son écriture, c'était Lui.
Ces souvenirs son encore si proches que je sans ta présence partout. Mais je sais que malheureusement, bientôt, ils s'éloigneront. Je ne pourrai plus revoir si nettement ton matériel de peinture éparpillé sur le rocher plat, ou tes pieds nus baignés de soleil sur le mur du jardin. Aujourd'hui c'est une image claire dans ma tête.
Bientôt ce sera un souvenir.
Puis dans longtemps, il ne restera plus que le souvenir du souvenir. Je voudrais arrêter le temps qui s'écoule, me séparant toujours un peu plus de toi. "